Samira Sofi
Samira Sofi
les clés du possible samira sofi
les clés du possible                                                                                                                                               samira sofi

La simplicité de soi, c'est mathématique

Ma relation aux mathématiques, durant toute ma scolarité, a été une aventure. Très longtemps, j'ai cherché à en percer le mystère. A 15 ans, je donnais des cours de soutien aux plus jeunes avec une façon ludique de voir les choses. Je ramenais tout à l’utilisation réelle de bonbons, d’ampoules, de robinet de baignoire qui coule ect…je mettais fin à la diabolisation du calcul.

 

En terminale, mon mental se figeait devant l’alchimie des raisonnements et des fonctions. Là, il demeurait une énigme insoluble dont je pressentais un chemin lumineux. Je ne pensais nullement être incompétente. Toutes les croyances à propos des maths ne me concernaient pas. Ce sont des clichés où chacun tente d’enfermer quelqu’un d’autre dans une petite boite. En chacun un trésor et c’est aux plus habiles de savoir en tirer partie dans les projets, ces dessins que formulent sa vie. Un jardinier n’aura pas les mêmes aptitudes et talents qu’un boulanger, n’est-ce pas ?

 

Cette faiblesse dans les mathématiques, plus que dans toute autre matière, ne me laissait pas en paix. Je me persuadais qu’il devait y avoir une astuce, un truc, ça ne devait pas être si compliqué. Penser ainsi est léger, je n’imagine rien d’impossible et même si je peux laisser de côté la chose faute de succès, cela n’altère nullement ma curiosité.

 

Je voyais les mathématiques comme le mystère du cosmos et sa fascination m’a positionnée en chercheuse. Je travaillais dure, le secret me résistait. La saveur de son fruit me donnait l’ardeur. Devant la pénibilité, je m’attelais au moins à tenir la moyenne, à demeurer sur la banche. Et j’avais une certitude, je percerai l’insondable. Je ne sais absolument pas d’où provenait cette idée si précieuse, valorisante et victorieuse. J’avançais avec un panier d’efforts troués, sans récompense. Devant moi, j’entendais le silence. Je sais qu’à ce moment, mon intuition, mon cœur, mes fidèles supporters me parlaient et m’encourageaient à tenir bon.

 

Dans la famille, nous étions nombreux, chacun avait sa spécialité. Il y avait mon frère, celui qui avait un an de plus que moi, le petit génie, doué en tout. Il connaissait l’intelligence artificielle, la métaphysique des mathématiques, et une théorie sur le chiffre Zéro. Ce frère était jovial, pas du tout le matheux enfermé dans sa chambre. C’est lui qui m’a fait découvrir pour la première fois, la téquila frappée au bar d’un café de quartier. Il était très amical et attentionné mais dépourvu de patience pour m’ouvrir l’esprit sur mes difficultés. Un jour, je l‘ai supplié de m’accorder une séance sur un problème algorithmique. Très sollicité, ce jour là, ma prière a été exaucée, il a finit pas accepter. Je l’ai écoutée me parler d’une plume poussée par le vent, flottant dans les airs, elle tombait d’un pont, en dessous duquel passait lentement une péniche. Là fut le déclic. Quelque chose de magique s’est produit en mon esprit, le miracle, la révélation dans une plume. Toutes les mathématiques me devenaient limpides et éclairées. Comme si mon ignorance d’auparavant n’était qu’une vague plaisanterie. Tout me paraissait facile. L’univers ouvrait ses portes, j’étais chez moi.

 

 En classe, la professeure que j’avais surnommée le « bourdon », une dame forte, gardienne du mystère des mathématiques, fut littéralement ravie par cet éveil subit. Mes camarades de classe ne me reconnaissaient pas. Je n’étais plus des leurs, j’en avais fini avec la souffrance. J’avais quitté le lit des malades de l’inconscience. On aurait dit que j’avais fait un tour de passe-passe. Je me souviens combien ma joie me remplissait. J’avais aussi demandé à chacun, de bannir le surnom ridicule donné à la professeure. Cela devenait gênant d’autant que je développais avec elle, une fine complicité. En fin de cours, elle me proposait régulièrement des exercices mathématico-philosophiques. Entre nous, c’était la gymnastique de l’esprit. C’était admirable ce partage. Mes amies étaient abasourdies. Tous cherchaient mon aide mais à ma grande peine, je n’arrivais pas à leur montrer ce qu’elles ne voyaient pas. Elles me demandaient de passer au tableau pour leur éviter de souffrir mais comme toujours j’avais beau lever la main, mon professeure me souriait et déclinait.

 

Ainsi, d’une petite moyenne de 9 à 10, j’étais passé à 18/20. Ce fut une remontée fulgurante. Je pensais les mathématiques avec un esprit logique, pseudo-intelligent et j’avais tout faux, il me suffisait de rester moi-même, rêveuse et créative et le tour était joué. Il me semblait que rien n’avait changé dans ma vie, j’étais détendue, j’avais enfin vu. Je portais déjà toutes les solutions en moi. Ma simplicité.

 

Aussi je reste convaincue qu’avec la patience et la joie, tout arrive au bon moment. Nous mettons bien neuf mois à naitre. Il m’a fallut attendre la fin du parcours, la terminale pour accéder à cette connaissance ultime. Il est nécessaire d’avoir le goût des choses, la persévérance avec un certain détachement. Et que dans le fond rien ne change sinon rester dans son axe et s’offrir sa propre manière de voir, on quitte le terrain obscur, le chemin devant soi s’ouvre. C’est soi-même que nous rencontrons. Je ne me suis jamais considérée comme plus intelligente, simplement peut être une amoureuse du mystère et des richesses intérieures à mettre au grand jour. Et bien sur beaucoup de choses continuent à demeurer dans l’ombre et attisent mon désir de connaitre et je ne m’attarde pas sur le terrain d’un soi disant échec, j’avance. Je me réjouie de ce que j’ai appris par moi-même, sur moi-même. Plus je reste authentique, plus la vie me sourie.

 

A chacun la beauté du secret de son cœur, découvrir et se surprendre. Et son goût pour aimer même ce qui attend d’être récolté. Car aimer au final c’est aimer le moment intérieur, ce qui se déroule en nous, c’est au fond cela qui nous anime. C’est à nous de nous réactualiser et de se laisser saisir par la fraîcheur, l'intensité du vivant.

 

 

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© Samira SOFI Psychologue spirituelle