Samira Sofi
Samira Sofi
les clés du possible samira sofi
les clés du possible                                                                                                                                               samira sofi

Manifestation de soi, un art

« Les fleurs du printemps sont les rêves de l'hiver racontés, le matin, à la table des anges. » Khalil Gibran

J'ai, ma vie durant, cherché un sens à ma vie et voulu donner un visage à la vie. J'ai fouillé beaucoup, partout. Tout jeune enfant, j'étais rentrée en moi-même et dans le même temps, pour certains, je pouvais faire le bout en train. Ma première année écolière au Maroc, l’année coranique, le maître nous apprenait la noblesse de l'écriture et la poésie des sons. J'étais très douée à ce jeu d'écriture intuitive. Puis ce fut le départ et mon premier choc. J'ai quitté un pays et à sept ans, je me suis retrouvée dans une classe bourguignonne, en apnée d’un son éloigné. J’étais l'unique étrangère face à une langue peu familière. Je ne comprenais rien à cette histoire. J'ai eu très peur et longtemps je fus plongée dans un bain d'angoisse. Peur de ne rien comprendre de la vie. Peur de ne pas y arriver. C'est ici par le dépassement, aidé par la famille que le miracle a rencontré des voies de sortie. Apprendre vite et coûte que coûte. Je me souviens de mes premières récrés, collée contre ce mur, tout le monde m'entourait et me dévisageait. J'étais au centre de leur regard, une pure attraction. Au milieu des enfants, je voulais disparaître. Ici a commencé le désir de devenir invisible et dans le même temps de m'affirmer en dépit de tout. Le paradoxe, le combat intérieur d'être en paix, faisait de moi une guerrière. Tout a volé en éclat à sept ans, tout a été remis en question. Page blanche de moi-même.

La passion pour la vie a commencé là, en réalité ! Les défis de la vie sont de véritables moteurs de connaissance. Lorsque tout va bien et que vous êtes en haut de l'échelle, vous êtes content de vous et le risque de ne pas vous approfondir, vous guette en vérité. Dans cette réussite, dans ce bonheur apparent, le film de notre cloisonnement se déploie tranquillement. Une seule partie de nous est visible puisqu'elle répond avec justesse à la demande de notre environnement. Mais attention, rester ici n'a rien de mauvais en soi et peut être un terrain propice pour goûter à une douce existence. Ce ne fût pas mon destin.

La vie me réservait à cet âge, un entre deux, la fraîcheur enfantine et la dureté de l'expérience. Il m'aura fallu tomber de très haut. De première de la classe, je suis passée à la dernière place. L'épisode a été redoutable, je me suis alors habillée de la honte et j’ai longtemps gardé cette garde robe. Ce fut très dur pour moi, signe du lion de surcroît. Et oui, je me portais une si grande estime. J'ai appris à me courber, à me plier et surtout à ne pas abandonner. De là est apparut un goût prononcé pour les perdants, ceux qui ne gagnent pas dans les matchs, les tournois, les baccalauréats. Ils me touchent infiniment, car au fond le gagnant n'a aucun mérite, il réalise ce qu'on attendait de lui. Il fait ce qu’il devait faire. Il a en main ce dont il a besoin et il s’exécute. Il est fier et on le félicite. Il n’y a guère de surprise. Par contre, pour le perdant, c’est tout autre chose. De lui, se dégage une foule d’expressions. Il a une attitude de retrait, de repli sur le moment. La situation critique est ce qu’elle est, elle le met face à ses défis, ses démons aussi. La gêne, l'humiliation, la fuite, l'effacement, la colère, la tristesse, le ridicule, l'humilité, tout cela s'invite et danse dans son salon intérieur. Son regard profond, en lui, se révèlent toutes les remises en question. Il garde tapit, un secret, un mystère non dévoilé. Il cache ce qui attend d’être découvert, ce qui n’a pu encore être mis en avant. En lui, c’est la promesse de quelque chose de grand, qui ne se donne pas au premier coup, qui a besoin d’être moissonné, battu, pétri. De lui, émane l’appétit éclatant de réaliser, un jour, ce fameux exploit et de montrer au monde qu’il faut croire et être patient. Les trésors sont à l’intérieur. Il sait qu’il est porteur d’une excellence, il a tenté de le montrer mais sans succès. Au moment de la défaite, il se morfond, pleure de ne pas avoir été à la hauteur mais vient le temps où il réfléchit, il pense, il se redéfinit, il est partant pour creuser encore au fond de ses entrailles, dénicher la clé de ces facettes talentueuses si bien protégées. Les richesses insoupçonnées sont là, elles demandent un travail, un désir ardent de trouver et la foi en sa profondeur. Celui qui cherche et ne se ménage pas, celui qui s’attend et jamais ne renonce, la vie lui réserve alors de belles surprises, des surprises auxquelles même lui ne s’y attendait pas.

L’existence a ce quelque chose d’étonnant. Rien n’est prévisible, non vraiment rien. J'ai décortiqué avec amour la langue et l'écriture et tous ses secrets blottis en moi. Quatre années plus tard, ce fût une explosion de joie, je brillais ma lumière.

Alors d’un événement douloureux, déstabilisant, remettez vous sur le chemin et marchez. C’est cela se rendre vivant et aimez être debout, être le mouvement.

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© Samira SOFI Psychologue spirituelle